CUMP et PEPS : quelle méthode de valorisation des stocks choisir ?

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Sommaire

La valorisation des stocks constitue un enjeu majeur dans la présentation des comptes annuels et l’appréciation fidèle du patrimoine d’une entreprise. Cet article analyse en profondeur les techniques d’évaluation des stocks, leurs impacts fiscaux et comptables, ainsi que les bonnes pratiques à adopter pour garantir la conformité et la fiabilité de vos états financiers.

Le cadre réglementaire de l’évaluation des stocks


L’article L123-12 du Code de commerce impose à toute personne physique ou morale ayant la qualité de commerçant de « contrôler par inventaire, au moins une fois tous les douze mois, l’existence et la valeur des éléments actifs et passifs du patrimoine de l’entreprise ». Cette obligation fondamentale structure l’ensemble du dispositif d’évaluation des stocks en France.

Selon l’article 211-7 du Plan Comptable Général, un stock se définit comme « un actif détenu pour être vendu dans le cours normal de l’activité, ou en cours de production pour une telle vente, ou destiné à être consommé dans le processus de production ou de prestation de services, sous forme de matières premières ou de fournitures ». Cette définition englobe les marchandises (compte 37), les matières premières (compte 31), les produits finis (compte 35) et les en-cours de production (comptes 33 et 34).

Le PCG établit une distinction fondamentale entre deux modes de suivi des stocks : l’inventaire intermittent et l’inventaire permanent. L’inventaire intermittent, méthode la plus courante dans les TPE et PME, consiste à ne comptabiliser les mouvements de stocks qu’à la clôture de l’exercice après un inventaire physique complet. À l’inverse, l’inventaire permanent permet un enregistrement systématique de chaque entrée et sortie de stock, offrant une vision en temps réel de la valorisation et des quantités disponibles.

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Bon à savoir
L’article 943 du PCG précise que l’inventaire permanent peut être tenu directement en comptabilité générale dans les comptes de la classe 3, ce qui facilite grandement le pilotage opérationnel et la fiabilité du reporting financier.

Le coût d’entrée des stocks à l’actif du bilan


Coût d’acquisition des marchandises et matières premières

L’article 213-31 du PCG définit précisément les composantes du coût d’acquisition. Le coût d’acquisition des stocks comprend :

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Exemple
Un prix catalogue de 10 000 € avec une remise de 15% et un escompte de 2% donnera un prix d’achat net de 8 330 € (10 000 × 0,85 × 0,98).
  • Les droits de douane et taxes non récupérables, qui s’ajoutent directement au coût d’acquisition. Une entreprise important des matières premières d’Asie devra ainsi intégrer les droits de douane dans la valorisation de son stock.
  • Les frais de transport, de manutention et autres coûts directement attribuables à l’acquisition.
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Exemple
Un grossiste qui commande 1 000 unités à 50 € pièce avec 2 500 € de frais de transport obtiendra un coût unitaire de 52,50 € (50 000 + 2 500) / 1 000.

En revanche, sont exclus du coût d’acquisition les coûts administratifs généraux (sauf ceux relatifs à des structures dédiées) et les frais de commercialisation. Cette exclusion répond au principe selon lequel seuls les coûts nécessaires pour amener le stock « à l’endroit et dans l’état où il se trouve » peuvent être incorporés.


Coût de production des produits finis et en-cours

Le coût de production s’avère plus complexe à déterminer car il intègre plusieurs catégories de charges. Il comprend obligatoirement :

  • Le coût d’acquisition des matières premières consommées, calculé selon les méthodes que nous détaillerons plus loin.
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Exemple
Si une entreprise fabrique 500 produits P1 en consommant 2 000 kg de matière M valorisée à 12 € le kg selon le CUMP, le coût matière unitaire s’élève à 48 € (2 000 × 12 / 500).
  • Les charges directes de production, principalement la main-d’œuvre directe affectée à la fabrication.
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Exemple
Si 3 ouvriers travaillent 160 heures chacun à un coût horaire chargé de 35 € pour produire les 500 unités, le coût de main-d’œuvre directe unitaire atteint 33,60 € (3 × 160 × 35 / 500).
  • Les charges indirectes de production, qui se subdivisent en charges variables et charges fixes. Les charges variables (énergie, matières consommables indirectes, main-d’œuvre indirecte) fluctuent proportionnellement au volume de production.
    Les charges fixes (amortissements des équipements industriels, entretien des bâtiments de production) demeurent relativement constantes quel que soit le niveau d’activité.
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Les charges fixes de production doivent être incorporées au coût de production sur la base de la capacité normale de production , et non de la capacité réelle. Cette règle, prévue à l’article 213-32 du PCG, vise à éviter la survalorisation des stocks en période de sous-activité.

Les méthodes d’évaluation des sorties de stocks


Le Plan Comptable Général distingue les biens non interchangeables, évalués à leur coût réel individualisé, et les biens fongibles (interchangeables), pour lesquels deux méthodes sont autorisées en France.

La méthode PEPS (Premier Entré Premier Sorti) ou FIFO

La méthode PEPS repose sur le principe que les articles entrés en premier dans les stocks sont également les premiers à en sortir. Cette logique reflète fidèlement la réalité physique dans de nombreux secteurs, notamment l’agroalimentaire où les produits périssables doivent impérativement sortir selon leur ancienneté.

Un distributeur de composants électroniques réalise les mouvements suivants sur le premier trimestre N :

DateOpérationQuantitéPrix unitaireMontant
01/01/NAchat20045,00 €9 000 €
15/01/NAchat30048,00 €14 400 €
28/01/NVente– 350**
10/02/NAchat25046,50 €11 625 €
25/02/NVente– 180**
05/03/NAchat20049,00 €9 800 €
20/03/NVente– 150**

Avec la méthode PEPS, les sorties sont valorisées en puisant dans les lots les plus anciens :

Sortie du 28/01 (350 unités) :

  • 200 unités du stock initial à 45,00 € = 9 000 €
  • 150 unités de l’achat du 15/01 à 48 € = 7 200 €
  • Total : 16 200 €

Sortie du 25/02 (180 unités) :

  • 150 unités restantes de l’achat du 15/01 à 48 € = 7 200 €
  • 30 unités de l’achat du 10/02 à 46,50 € = 1 395 €
  • Total : 8 595 €

Sortie du 20/03 (150 unités) :

  • 150 unités de l’achat du 10/02 à 46,50 € = 6 975 €

Stock final au 31/03/N :

  • 70 unités de l’achat du 10/02 à 46,50 € = 3 255 €
  • 200 unités de l’achat du 05/03 à 49,00 € = 9 800 €
  • Total : 270 unités pour 13 055 €

La méthode PEPS présente l’avantage de valoriser le stock final aux prix les plus récents, ce qui se rapproche généralement de la valeur de marché actuelle. Elle évite également toute manipulation des résultats puisque l’ordre de sortie des lots est strictement chronologique.


La méthode du Coût Unitaire Moyen Pondéré (CUMP)

Le CUMP calcule un prix moyen pondéré pour chaque article en tenant compte de toutes les entrées de stock. Cette méthode lisse les variations de prix et simplifie considérablement la gestion administrative des stocks.

Le PCG autorise deux variantes du CUMP :

  • Le CUMP après chaque entrée, qui recalcule le coût moyen à chaque nouvelle acquisition. La formule s’établit comme suit :
$$ \begin{aligned} \text{CUMP} &= \frac{ \text{Valeur du stock initial} + \text{Coût d’acquisition de la nouvelle entrée} }{ \text{Quantités du stock initial} + \text{Quantités de la nouvelle entrée} } \end{aligned} $$
  • Le CUMP périodique, calculé sur une période n’excédant pas la durée moyenne de stockage. Cette variante ne peut être utilisée qu’en inventaire intermittent.

Reprenons l’exemple précédent du distributeur de composants électroniques avec la méthode du CUMP après chaque entrée :

DateOpérationQtéPUMontantQté stockCUMPValeur stock
01/01Stock initial20045,009 00020045,009 000
15/01Achat30048,0014 40050046,8023 400
28/01Vente-35046,80-16 38015046,807 020
10/02Achat25046,5011 62540046,6118 645
25/02Vente-18046,61-8 39022046,6110 255
05/03Achat20049,009 80042047,7520 055
20/03Vente-15047,75-7 16327047,7512 892

Calcul du CUMP au 15/01 :

(9 000 + 14 400) / (200 + 300) = 23 400 / 500 = 46,80 €

Le stock final s’élève à 12 892 € avec la méthode du CUMP, contre 13 055 € avec la méthode PEPS, soit un écart de 163 € qui impacte directement le résultat de l’exercice.

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Cette différence illustre l’importance du choix méthodologique : en contexte inflationniste, le PEPS valorise davantage le stock final et améliore mécaniquement le résultat comptable, tandis que le CUMP lisse l’effet de la hausse des prix.

Comparaison PEPS vs CUMP :

Le choix entre PEPS et CUMP n’est pas neutre et génère des conséquences multiples :

  • Sur le plan comptable et fiscal, en période de hausse des prix, la méthode PEPS tend à maximiser la valorisation du stock final (car composé des achats les plus récents donc les plus chers) et à améliorer le résultat comptable. À l’inverse, elle augmente le coût des marchandises vendues en période de baisse des prix. Le CUMP produit un effet de lissage qui atténue ces variations.
  • Sur le plan de la gestion opérationnelle, la méthode PEPS impose un suivi rigoureux de l’ancienneté des lots, ce qui nécessite généralement un système d’information performant. Le CUMP simplifie considérablement la gestion administrative puisque toutes les unités en stock sont valorisées au même coût moyen.
  • Sur le plan de la cohérence économique, la PEPS reflète mieux la réalité physique des flux pour les produits périssables ou soumis à obsolescence rapide. Le CUMP s’avère plus pertinent pour les articles interchangeables sans contrainte de rotation (boulonnerie, fournitures standardisées).

L’évaluation des stocks à la clôture de l’exercice


Le principe de dépréciation des stocks

À la clôture de l’exercice, l’article 214-22 du PCG impose de comparer la valeur brute des stocks (leur coût d’entrée) avec leur valeur actuelle. Lorsque la valeur actuelle devient inférieure à la valeur brute, une dépréciation doit être constatée en application du principe de prudence.

La valeur actuelle des stocks correspond à leur valeur vénale, définie comme « le montant qui pourrait être obtenu, à la date de clôture, de la vente d’un actif lors d’une transaction conclue à des conditions normales de marché, net des coûts de sortie ». Pour les stocks de marchandises et de produits finis, la valeur vénale s’établit ainsi :

\[ \text{Valeur vénale} = \text{Prix de vente estimé} – \text{Frais de commercialisation restant à engager} \]

Pour les matières premières et approvisionnements, deux situations se présentent :

  • Si la baisse du prix d’achat des matières n’affecte pas le prix de vente des produits finis qui les incorporent, aucune dépréciation n’est nécessaire sur les matières premières.
  • Si la baisse du prix d’achat des matières entraîne mécaniquement une baisse du prix de vente des produits finis, une dépréciation doit être constatée sur les matières premières à hauteur de la valeur de remplacement (prix d’achat actuel sur le marché, majoré des frais accessoires).

Une entreprise commerciale dispose au 31/12/N d’un stock de marchandises M dont le coût d’acquisition s’élève à 85 000 €. L’analyse du marché révèle les éléments suivants :

  • Prix de vente estimé : 78 000 €
  • Frais de commercialisation à engager : 6 500 €

Valeur vénale = 78 000 – 6 500 = 71 500 €

La dépréciation à constater s’élève à 85 000 – 71 500 = 13 500 €

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Divergence fiscale
L’administration fiscale n’admet pas la déduction des frais de commercialisation non encore engagés pour le calcul de la valeur vénale.

Dans notre exemple, la valeur d’inventaire fiscal serait de 78 000 €, conduisant à une dépréciation fiscalement admise de seulement 7 000 € (85 000 – 78 000). L’entreprise devra réintégrer extra-comptablement 6 500 € (13 500 – 7 000) dans son résultat fiscal. (Source : Bofip)

Enregistrement comptable des stocks


Comptabilisation des stocks en inventaire intermittent

Annulation du stock initial de marchandises :

CompteLibelléDébitCrédit
6037Variation de stocks de marchandisesXX
37Stocks de marchandisesXX
Annulation du SI

Constatation du stock final de marchandises :

CompteLibelléDébitCrédit
37Stocks de marchandisesXX
6037Variation de stocks de marchandisesXX
Enregistrement du SF

Annulation du stock initial de produits finis :

CompteLibelléDébitCrédit
7135Variation de stocks de produitsXX
35Stocks de produits finisXX
Annulation du SI

Constatation du stock final de produits finis :

CompteLibelléDébitCrédit
35Stocks de produits finisXX
7135Variation de stocks de produitsXX
Enregistrement du SF

Constatation d’une dépréciation de stocks :

CompteLibelléDébitCrédit
68173Dotations aux dépréciations des actifs circulantsXX
39Dépréciation des stocks et en-coursXX
Constatation de la dépréciation

Reprise d’une dépréciation de stocks :

CompteLibelléDébitCrédit
39Dépréciation des stocks et en-coursXX
78173Reprises sur dépréciations des actifs circulantsXX
Reprise de dépréciation devenue sans objet

Foire aux questions (FAQ)


Quelle est la différence fondamentale entre inventaire permanent et inventaire intermittent ?

L’inventaire intermittent ne comptabilise les mouvements de stocks qu’à la clôture de l’exercice après un comptage physique complet, tandis que l’inventaire permanent enregistre chaque entrée et sortie en temps réel, permettant de connaître à tout moment les quantités et valeurs en stock.

Peut-on changer de méthode d’évaluation des stocks d’un exercice à l’autre ?

Non, le principe de permanence des méthodes impose de conserver la même méthode d’évaluation d’un exercice à l’autre, sauf justification économique sérieuse. Un changement de méthode constitue un changement de méthode comptable qui doit être mentionné dans l’annexe avec l’impact chiffré sur les comptes.

Peut-on utiliser des méthodes différentes pour différentes catégories de stocks ?

Oui, le PCG autorise explicitement l’utilisation de méthodes différentes pour des stocks de nature ou d’usage différents. Une entreprise peut ainsi valoriser ses matières premières au CUMP et ses produits finis à la méthode PEPS, à condition de justifier cette différenciation.

La méthode LIFO (DEPS dernier entré, premier sorti) est-elle autorisée en France ?

Non, la méthode LIFO n’est pas admise fiscalement en France car elle ne reflète pas la réalité économique des flux de stocks et peut conduire à des sous-évaluations importantes du stock en période inflationniste.

Comment traiter fiscalement les dépréciations de stocks incluant des frais de distribution non encore engagés ?

L’administration fiscale n’admet pas la déduction des frais de distribution non encore engagés dans le calcul de la valeur vénale. L’entreprise doit donc réintégrer extracomptablement la fraction de dépréciation correspondant à ces frais dans sa déclaration fiscale.

Les coûts d’emprunt peuvent-ils être inclus dans le coût de production des stocks ?

Oui, sur option, les coûts d’emprunt peuvent être inclus dans le coût de production des stocks à condition que le stock soit considéré comme « éligible », c’est-à-dire qu’il nécessite une longue période de préparation ou de construction (généralement supérieure à 12 mois) avant de pouvoir être vendu.

Comment valoriser un stock de matières premières acquis à titre gratuit ?

Les stocks acquis à titre gratuit doivent être valorisés à leur valeur vénale à la date d’acquisition, c’est-à-dire au prix auquel ils pourraient être vendus dans des conditions normales de marché, nets des coûts de sortie.

Les frais de stockage peuvent-ils être incorporés au coût des stocks ?

En principe non, sauf s’ils concernent un stockage nécessaire entre deux phases de production. Les frais de stockage dans un entrepôt commercial en attente de vente doivent être comptabilisés directement en charges.

Comment traiter comptablement un stock détérioré ou obsolète ?

Un stock détérioré ou obsolète doit faire l’objet d’une dépréciation si sa valeur vénale devient inférieure à son coût d’entrée. Si le stock est totalement inutilisable et sans valeur, il convient de le sortir des comptes de stocks.